Kyanos mise sur le pastel d’eau pour produire des protéines

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Plus besoin d’aller en Oregon pour se procurer la précieuse algue bleue, AFA Klamath. La start-up toulousaine Kyanos met au point un procédé de production en lagune, à haut rendement.

Profiter du potentiel des microalgues pour produire des protéines, c’est le créneau retenu par la start-up toulousaine Kyanos. Créée en 2016 par Vinh Ly, un ancien ingénieur de l’aéronautique, la société a choisi de s’intéresser plus spécialement à l’AFA Klamath ou pastel d’eau, une microalgue bleue moins connue que la spiruline, mais tout aussi intéressante pour les ingrédients qu’elle est susceptible de contenir. À commencer par une teneur en protéines de l’ordre de 60 %, ainsi que de nombreux nutriments : antioxydants, immunostimulants, neurotransmetteurs, antidépresseurs. « Cette microalgue bleue est produite naturellement dans le lac Klamath, situé en Oregon aux Etats-Unis et elle est connue pour améliorer les capacités cognitives et renforcer le capital santé » résume Pierre-Alain Hoffmann, Chief Science Officer. Mais ce lac a une capacité de production finie de 1 000 t/an et le réchauffement climatique menace. Cet écosystème protégé a déjà vu apparaître des contaminants qui ont eu pour conséquence des ruptures d’approvisionnement au niveau mondial. D’où l’idée de Vinh Ly de se lancer dans la culture de cette microalgue bleue en développant un procédé de production innovant.

En matière de production de microalgues, trois options se présentent. On peut faire le choix de miser sur leurs propriétés d’organismes autotrophes. Ceci conduit à de la production en bassins de culture ouverts de faible épaisseur d’eau où peut s’exercer la photosynthèse naturelle. L’autre option est de miser sur les propriétés d’hétérotrophie des microalgues. Ceci consiste à les considérer comme des bactéries et à les cultiver dans des réacteurs fermés, nourries au carbone organique. Enfin, la mixotrophie, déjà popularisée par la société Fermentalg, consiste à jouer sur les deux tableaux. Mais alors que Fermentalg pratique la mixotrophie en milieu fermé pour éviter la prolifération de microorganismes secondaires indésirables, Kyanos parie sur le bassin ouvert.

Un procédé appelé cyclotrophie

C’est ainsi que la start-up a breveté un procédé, appelé cyclotrophie. Il a l’avantage de séparer en continu la microalgue bleue des microorganismes secondaires qui sont recyclés en permanence et vont même servir de nourriture aux microalgues. Pierre-Alain Hoffmann parle même d’un véritable procédé symbiotique entre des microorganismes secondaires sélectionnés qui se développeront conjointement avec l’algue bleue, mais bloqueront le développement de contaminants. « Nous sommes les premiers à avoir développé cette culture symbiotique. C’est une innovation de rupture » assure le CSO. Par ce biais, la société revendique la mise au point d’un procédé capable de produire 100 t/an/ha de matière sèche, dont 65 % de protéines. A titre de comparaison, il annonce des rendements de 25 t/an/ha pour les cultures de microalgues lagunaires et 15 t/an/ha pour les cultures végétales classiques.

Kyanos qui est soutenue par le CRITT Bioindustries de Toulouse est hébergée par la pépinière Pierre Potier de Toulouse Métropole. Son objectif est maintenant de lever des fonds pour se doter de ses propres locaux et surtout construire son propre bassin, car il n’existe pas de pilote réutilisable compte tenu de la nouveauté de la technologie. A noter également que Kyanos est soutenue par la société d’ingénierie Altran qui l’assiste dans la conception de sa future unité de production.

En attendant, Kyanos emploie deux personnes et vise une nouvelle embauche cette année en espérant atteindre un effectif de 20 personnes à l’horizon 2025. Deux complémentaires sont déjà commercialisés sous sa marque, Kyanos Brain et Kyanos Blue, avec le double objectif de préparer le marché français à la consommation de cette microalgue, qui présente l’avantage d’être déjà autorisée à la consommation, et de financer l’innovation de l’entreprise pour son développement dans les années à venir.

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