Creo s’appuie sur la biosynthèse pour produire des CBG

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La société américaine Creo produit du cannabigérol, précurseur des cannabinoïdes, grâce à un procédé de fermentation de dextrose ou de glycérol mis au point en partenariat avec Genomatica. La start-up espère une commercialisation dès 2021 sur les marchés cosmétique, alimentaire et pharmaceutique.

Article paru dans Formule Verte n°46

Roy Lipski, p-dg de Creo. – (c)Creo

Produire des cannabinoïdes à l’aide des biotechnologies à destination des marchés cosmétique, alimentaire et pharmaceutique. C’est ce que veut réaliser la toute jeune entreprise américaine Creo. Cette société, lancée officiellement en septembre 2020, travaille au développement d’un procédé de production de cannabigérol (CBG), précurseur de tous les cannabinoïdes, à partir de dextrose ou de glycérol issus de plantes non OGM. Produites par les plants de cannabis et de chanvre, ces molécules sont surtout connues pour leurs effets narcotiques, et font l’objet d’un débat autour de leur légalisation. En Europe, les cannabinoïdes extraits de plantes sont considérés comme des narcotiques et leur consommation est par conséquent soumise à des réglementations différentes selon les pays. Cependant, le professeur israélien Raphael Mechoulam a découvert, dans les années 1960, que le tétrahydrocannabinol (THC), le cannabidiol (CBD) et le cannabinol (CBN) présentaient également des propriétés médicinales, qui sont déjà exploitées dans le traitement de certaines pathologies. « Les cannabinoïdes peuvent être utilisés contre la douleur ou l’inflammation. Le THC, par exemple, aide à diminuer les nausées. Il peut être prescrit à des patients en chimiothérapie afin de réduire leurs vomissements », détaille Roy Lipski, p-dg de Creo. Le cannabichromène (CBC), un cannabinoïde moins connu, jouerait également un rôle dans la neurogenèse, la réduction de la douleur et la diminution de l’inflammation. Roy Lipski explique pourquoi l’organisme humain réagit à ces molécules : « Le corps synthétise ses propres cannabinoïdes, à très faibles concentrations. Il y a deux types de récepteurs à cannabinoïdes dans l’organisme, les CB1 et CB2, qui sont présents dans quasiment toutes les cellules ».

Si le CBG sous sa forme acide, le CBGA, est le précurseur de tous les cannabinoïdes, c’est grâce à sa structure. Il possède une longue chaîne de dix carbones, provenant de la fixation d’un groupement géranyl-pyrophosphate (GPP) sur un acide olivétolique (OLA), qui va déterminer la formation du cannabinoïde. « Selon la façon dont cette « queue » se referme ou se cyclise au cours de la réaction, cela donnera du THCA, du CBDA ou du CBCA (formes acides du THC, CBD et CBC). À partir de ces trois molécules et selon les conditions de réactions – température, enzymes…- d’autres formes de cannabinoïdes seront synthétisées par la plante », expose Roy Lipski. Avant de poursuivre : « Les plantes synthétisent naturellement du CBGA qui est très vite converti en CBDA, CBCA et THCA. C’est pourquoi il est présent en très faible quantité dans la plante, moins de 0,5 % de son poids, et par conséquent difficilement accessible naturellement », poursuit Roy Lipski. Face à l’intérêt croissant pour ces principes actifs, Creo a cherché à mettre au point un procédé permettant de produire des cannabinoïdes sans les extraire directement de plants de cannabis et de façon plus accessible.

Un travail de plusieurs années

Le cannabigérol sous sa forme acide est le précurseur de tous les cannabinoïdes.

Même si l’annonce de la création officielle de la société date de septembre 2020, Roy Lipski et Ramon Gonzalez, co-fondateur de l’entreprise, ont créé Creo en 2016 et travaillent depuis au développement d’un procédé de production de CBG. Les deux scientifiques ont décidé d’explorer la voie de la fermentation du dextrose ou du glycérol, deux matières premières largement disponibles, afin de mettre au point leur procédé. « Le domaine des biotechnologies existe depuis longtemps. En 2010, beaucoup de nouvelles sociétés se sont développées », se rappelle Roy Lipski. Avant d’ajouter : « Nous avons donc pensé qu’il était possible d’utiliser la biosynthèse pour produire des cannabinoïdes qui sont rares dans les plantes, les améliorer, et ensuite les rendre accessibles ». Après avoir identifié le processus de synthèse du CBGA, il était nécessaire de développer un procédé permettant de produire cette molécule. C’est en 2017 que Creo s’est rapproché de son compatriote Genomatica, société américaine spécialisée dans la biotechnologie industrielle, afin de développer un procédé de production. Ce qui a commencé comme un simple partenariat s’est transformé en 2019 en joint-venture avec l’investissement de Genomatica dans le capital de Creo. « Travaillant maintenant aux côtés de notre partenaire technologique Genomatica, nous avons construit une solide position de propriété intellectuelle, développé notre technologie de base et sommes prêts à passer à l’échelle commerciale », s’enthousiasme Roy Lipski. Avec un prix d’environ 1 000 dollars le kilogramme (environ 840 €) et un taux de croissance de 20 % en moyenne par an, le marché des cannabinoïdes représente une véritable opportunité pour des start-up telles que celle-ci. Creo vise les marchés des soins de la peau, des cosmétiques, de l’alimentation et de la nutraceutique, ainsi que le marché pharmaceutique. La start-up possède déjà un démonstrateur et espère être en mesure de commercialiser ses CBG d’ici à la fin du premier trimestre 2021.

Creo en bref

Création : 2016, mais est restée furtive jusqu’en 2020

Activité : synthèse de cannabigérol par fermentation de dextrose ou de glycérol d’origine végétale

Siège : San Diego, Californie (États-Unis)

Partenaire : Genomatica

Marchés cibles : cosmétique, santé, nutraceutique, pharmaceutique

 

Les cannabinoïdes sous haute surveillance en France

Le CBD et le THC font partie des composés actifs majeurs du cannabis et sont des substances inscrites sur la liste des stupéfiants. Leur utilisation est donc strictement encadrée. Dans la réglementation française, toutes les opérations concernant le cannabis sont interdites, notamment sa production, sa détention et son emploi. Tout produit contenant du CBD extrait de la plante de cannabis est donc interdit, sauf en cas de dérogation. En effet, l’exploitation du chanvre à des fins industrielles et commerciales, notamment dans l’industrie textile, du bâtiment, des cosmétiques ou encore de l’alimentation, est autorisée sous trois conditions cumulatives : faire partie de la liste de variétés autorisées ; seules les graines et les fibres peuvent être utilisées ; et la plante doit avoir une teneur en THC inférieure à 0,2 %. Cette teneur en THC concerne la plante, et non le produit fini : la présence de THC dans les produits finis, quel que soit le taux, est interdite. En ce qui concerne une utilisation thérapeutique du THC et du CBD, seuls sont autorisés les médicaments validés par l’ANSM ou la Commission européenne sur la base d’un dossier d’autorisation de mise sur le marché regroupant des critères scientifiques de qualité, sécurité et efficacité.

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