Chimie du végétal, une réponse aux enjeux climatiques et de réindustrialisation

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La ville de Reims a accueilli, les 22 et 23 septembre 2021, une nouvelle édition du Plant Based Summit, congrès dédié à la chimie du végétal. Tour d’horizon des grands enjeux de cette industrie en plein développement.

C’est à Reims, ville qui ambitionne de devenir la future capitale de la bioéconomie, que s’est tenu le Plant Based Summit (PBS), les 22 et 23 septembre derniers. Consacré au secteur de la chimie du végétal, ce congrès a réuni quelque 500 participants, une communauté de spécialistes heureuse de se retrouver, enfin, en présentiel pour discuter d’innovation, de business et des enjeux de la profession. Le choix de Reims n’était pas anodin, puisque la communauté urbaine du Grand Reims possède une agriculture et une viticulture puissantes, mais également une industrie, déjà tournée vers la bioéconomie. La bioraffinerie de Bazancourt-Pomacle, qui génère 750 M€ de chiffre d’affaires et draine plus d’un millier d’emplois, fait référence en France et à l’international. Pour se développer, le territoire dispose encore de superficies mobilisables pour de nouvelles bioraffineries et veut capitaliser sur la production de Champagne qui peut aussi donner accès à des coproduits utilisables, notamment en cosmétique.

Une réponse au Green Deal

Président du pôle de compétitivité IAR, Christophe Rupp Dahlem, qui avait œuvré à la création de PBS, dix ans plus tôt, a rappelé que la chimie biosourcée s’inscrivait dans cet ensemble plus large de la bioéconomie qui représente 2200 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Europe et 18 millions d’emplois (soit 9 % de l’emploi). Elle agrège l’alimentation humaine et animale, les bioénergies et les biomatériaux et la chimie du végétal, c’est-à-dire tous les produits issus de la transformation des produits agricoles. La France représente actuellement 15 % de la bioéconomie européenne. « Il est évident pour nous que la bioéconomie et les produits biosourcés sont une partie de la solution », a-t-il déclaré, faisant référence au Green Deal et au nouveau programme « Fitfor55 », dont l’ambition est de diminuer les émissions de gaz à effet de serre de 55 % en Europe en 2030, par rapport à 1990. Et qui constitue un point d’étape avant la neutralité carbone ambitionnée pour 2050. Cependant, Leo Mensik, directeur général du Cefic, s’est inquiété du fait que les mots « bioéconomie » et même « produits biosourcés » ou « chimie du végétal » ne soient jamais mentionnés dans les documents qui fixent les lignes directrices de ces deux programmes qui passeront bientôt au stade de la législation. L’économie circulaire est pourtant bien présente. Christophe Rupp Dahlem a souligné que « la bioéconomie, c’est l’économie circulaire du carbone vivant », par opposition du recyclage de produits issus de ressources fossiles comme les plastiques, qu’il qualifie de « recyclage de carbone mort ». Une pirouette qui devrait replacer le biosourcé dans la danse. Le secteur de la chimie du végétal suit également de près la mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), proposé en juin 2021 par la Commission. Il s’agirait d’appliquer la même tarification carbone sur les mêmes produits européens intensifs en émissions et sur les produits importés, pour lutter plus efficacement contre les fuites de carbone. En tant que faible émetteur de carbone, la chimie biosourcée a, bien entendu, une carte à jouer.

En attendant des déclinaisons législatives, cette édition de PBS a permis de constater que la chimie du végétal continuait de gagner du terrain. Est-elle pour autant en phase d’accélération ? « C’est une thématique qui monte au niveau des industries chimiques, et notamment du Cefic qui a créé, en 2020, le groupe sectoriel BioChem Europe », a constaté François Monnet, président de l’Association chimie du végétal.

Bientôt 15 % de la chimie tricolore

« On considère que le biosourcé est une des deux jambes de la chimie du futur. Il y aura toujours de la chimie fossile, mais le biosourcé et le recyclage qui renouvellent la ressource gagnent du terrain », a-t-il ajouté. Le cabinet Xerfi a, quant à lui, publié quelques chiffres dans une récente étude. « La filière française de la chimie du végétal, qui pèse plus de 7,5 milliards d’euros, gagne du terrain sur la pétrochimie. Son poids dans le chiffre d’affaires de l’industrie chimique tricolore montera ainsi à 14,6% en 2025 (un peu plus de 13% en 2020), selon nos prévisions », selon Xerfi. Le cabinet d’études de marché se montre moins optimiste sur les perspectives de croissance. « L’activité des spécialistes de la chimie du végétal de notre panel augmentera certes moins vite que par le passé (4 % par an d’ici à 2025 contre près de 7 % entre 2013 et 2020), mais elle restera plus dynamique que l’ensemble du secteur de la chimie », ajoute le cabinet qui entrevoit donc un tassement de la croissance. Reste qu’une stratégie d’accélération est en train de se mettre en place au plan national. Elle sera dévoilée plus en détail, le 8 octobre prochain, à l’occasion de la signature d’un avenant au contrat de filière Chimie et matériaux. De quoi faire mentir, à terme, les pronostics ?

Une industrialisation à poursuivre

Mais au delà des chiffres, la chimie du végétal commence à engranger des succès industriels. À ce titre, la société Metex Nøøvista, filiale de Metabolic Explorer, inaugurait le 23 septembre son usine de production de propanediol/acide butyrique sur la plateforme chimique de Carlingen Moselle. « C’est une industrie de temps long », a commenté François Monnet. « Il faut dix à quinze ans pour récolter les fruits d’investissements publics ou privés », a-t-il ajouté.

Christophe Rupp Dahlem a rappelé le bien-fondé du Biobased Industries Joint Undertaking ou BBI JU, un partenariat public-privé (PPP) entre la Commission européenne et l’industrie, qui a mobilisé des soutiens financiers de 3,7 milliards d’euros sur la période 2014-2020. Il a permis la création de quatorze flagships (installations destinées à industrialiser des procédés innovants) dont quatre en France, en collaboration avec les sociétés Afyren Neoxy, Ynsect, Circa et Mycrophyt. Une suite devrait être apportée avec le Circular Bio-based Europe Joint Undertaking (CBE JU) pour la période 2021-2027. Au total, l’Europe espère disposer de 300 bioraffineries de plus, à l’horizon 2030. Compte tenu du poids de la bioéconomie hexagonale, la quote-part de la France devrait être de 45 lignes de production de plus à cet horizon. En sera-t-elle capable, s’interroge le président du pôle IAR ? D’où l’importance de continuer, voire d’accélérer les efforts, pour permettre à cette chimie biosourcée de se développer et de devenir une filière industrielle de premier plan pour répondre simultanément à ce double enjeu de réindustrialisation et de décarbonation.

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