Changement de gouvernance chez Tereos

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La gouvernance de Tereos a changé brutalement.

La coopérative sucrière française Tereos, numéro deux mondial du sucre, connaît une véritable révolution. La gouvernance du groupe a été changée, sur fond de justice, lors du conseil de surveillance de la société du 18 décembre 2020. Ainsi, Alexis Duval a été remplacé par Philippe de Raynal au poste de président du directoire de Tereos, avec effet immédiat. Stéphanie Billet, membre du directoire en charge des finances, a quant à elle été remplacée par Gwenaël Eliès. Cette élection s’est fait suite à une décision du tribunal judiciaire de Senlis, annoncée le 18 décembre à 17 heures, qui a ordonné la tenue d’un conseil de surveillance de Tereos. Dans la foulée, Gérard Clay a été élu président du groupe coopératif à la place de Jean-Charles Lefebvre. Gérard Clay a pu pleinement participer à la réunion du conseil, tout comme Xavier Laude et Jérôme Hary, conformément à l’ordonnance du référé du Président du Tribunal judiciaire de Senlis. Mais pour certains salariés, cette décision n’est pas celle qu’ils attendaient. « Cette décision du tribunal est un peu surprenante. On aurait préféré que le conseil de surveillance reste tel qu’il était. Au moins, on connaissait les orientations stratégiques », a précisé Justin Dubois, délégué de la CGT, à France 3 Hauts-de-France.

Accusations calomnieuses

En effet, le 26 novembre, quelques jours avant l’assemblée générale de Tereos, Gérard Clay, Xavier Laude et Jérôme Hary ont été condamnés avec cinq autres coopérateurs, pour dénonciation calomnieuse envers Tereos. Cette affaire remonte à 2019, après la campagne perdue mi-2018 par  les huit « frondeurs » pour renverser la direction : ils accusent le groupe d’avoir vendu du sorbitol à Daech, après la découverte de sacs de Tereos dans un arsenal de l’État islamique, et portent plainte contre X pour « actes de terrorisme et de complicité d’actes de terrorismes » en mars 2019. Cette accusation classée sans suite par le parquet anti-terroriste a tout de même « déstabilisé Tereos et ses salariés » au moment « où le secteur traversait une crise majeure » déclarait Alexis Duval début décembre.

Des conflits antécédents

En effet, depuis la fin des quotas de production de betteraves en octobre 2017, les sucriers européens connaissent des difficultés. La surproduction a entraîné une chute des cours du sucre, et par conséquent des chiffres d’affaires. Malgré le contexte difficile, Alexis Duval, qui dirigeait le groupe depuis une dizaine d’années, a maintenu sa stratégie de diversification internationale – implantation au Brésil, en Asie-Pacifique… – qui permet de hisser Tereos à la deuxième place mondiale, malgré un lourd endettement qui s’élève à 2,7 milliards d’euros. En constatant ce chiffre, une partie des 12 000 producteurs de betteraves membres du groupe se questionne sur l’intérêt de tels investissements, et un mouvement de fronde s’est formé.

Cependant, force est de constater que la coopérative, contrairement à ses rivaux, n’a pas fermé d’usines pendant la crise de surproduction, et que les résultats s’améliorent progressivement depuis six mois, permettant ainsi de préserver les emplois. Cependant, les projets des élus frondeurs inquiètent les syndicats : « Certains frondeurs ont clairement expliqué leur projet, s’ils devenaient majoritaires au conseil, de fermer les filiales et les sites déficitaires, voire de se rapprocher Cristal Union », a déclaré un syndicaliste CFDT auprès du Figaro.

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