Le projet Biorescue de valorisation du compost de champignons s’achève

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La culture de champignons produit de grands volumes de compost.

Le projet Biorescue, fondé par BBI JU under Horizon 2020 et démarré en 2016, s’est achevé en août 2019. Le programme avait pour objectif de développer une bioraffinerie ayant vocation à transformer le compost des cultures de champignons en produits chimiques biosourcés tels que des pesticides naturels. Ce projet européen de 3,7 millions d’euros a réuni l’Espagne – coordinatrice du projet – l’Italie, l’Irlande, la Finlande, les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Des champignons de Paris aux shiitakes, la production de champignons est une des cultures agricoles majeures, et leur culture produit donc une grande quantité de compost, créant ainsi des coûts supplémentaires et des problèmes de logistiques pour les agriculteurs. « La production totale de champignons frais en Europe est d’environ 1 million de tonnes par an. Et environ 3 tonnes de compost sont produites pour chaque tonne de champignons récoltée », a expliqué Inés del Campo, coordinatrice du projet Biorescue au CENER, le centre national espagnol des énergies renouvelables. Ce projet permet donc de récolter ces déchets et de les convertir en produits à plus haute valeur ajoutée.

La bioraffinerie développée par ce projet permettra d’extraire des composants organiques des fractions liquides et solides du compost de champignon – ainsi que d’autres matières premières agricoles. Ces composés permettent ensuite de produire des engrais, des pesticides écologiques, des enveloppes et des capsules naturelles pour les médicaments, et ce en remplacement des dérivés de matières premières fossiles. « Les bioproduits développés par le projet Biorescue seront capables de remplacer de nombreux produits à base de ressources fossiles actuellement sur le marché et de générer de nouvelles sources de revenus pour les producteurs de champignons ainsi que pour les fournisseurs de matières premières et d’équipements du secteur », a déclaré Inés del Campo. En effet, les résultats du projet sont très prometteurs.

Des résultats prometteurs

Les produits issus du projet Biorescue ont une valeur marchande élevée et permettent de réduire de 30 millions d’euros par an le coût de l’élimination du compost de champignons, en plus de créer des emplois tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Les biopesticides produits grâce à ce compost ont été testé avec succès : des bactéries métabolisent les sucres contenus dans le compost en protéines cristal qui ont un effet insecticides, en particulier sur les lépidoptères. La société MetGen, partenaire du projet, a, quant à elle, mis au point un cocktail enzymatique permettant de réduire de 20 % le temps et la quantité d’enzymes nécessaire pour l’hydrolyse des sucres. De plus, ces enzymes peuvent survivre dans des environnements industriels difficiles, offrant ainsi de nouvelles possibilités d’application. Toujours dans le domaine enzymatique, des chercheur de l’université de Naples ont, grâce à ce projet, séquencé l’ADN des bactéries et modifié la séquence codant pour le gène de la cellulase, et ainsi mis au point 13 enzymes cellulases modifiées présentant un rendement d’hydrolyse du sucre 2 à 4 fois supérieur à celui d’origine. Enfin, des chercheurs de l’Institut Max Planck (Allemagne) ont mis au point des composés chimiques (nanoporteurs) à partir des « déchets » de champignons, permettant de traiter l’esca, pour laquelle aucun traitement n’a été trouvé. Ces nanoporteurs ont été testés dans les vignobles de Riesling : ce traitement, qui ne cible que le champignon responsable de la maladie, a permis une diminution des symptômes de la maladie dans les zones traitées.

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