Covid-19 : « Si l’industrie papetière s’arrête, il y aura de nombreuses conséquences économiques »

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Paul-Antoine Lacour, délégué général de Copacel. – (c)DR

Le 18 mars, Copacel, l’Union française des industries des cartons, papiers et cellulose, publiait un communiqué de presse dans lequel elle demandait que l’industrie papetière française soit reconnue comme « nécessaire à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale ». Dans un entretien exclusif, Paul-Antoine Lacour, délégué général de Copacel, explique cette demande et fait le point sur la situation de l’industrie papetière face à la crise.

Pourquoi avez-vous demandé à ce que l’industrie papetière soit reconnue comme « nécessaire à la sécurité de la Nation ou à la continuité de la vie économique et sociale » ?

Notre demande a été motivée par la raison suivante : au démarrage de la crise, nous avons constaté beaucoup de mises en retrait de la part de salariés. Il y a eu une première vague avec la question de la garde d’enfants au moment de la fermeture des écoles. Une 2ème vague de mises en retrait a été constatée avec les personnes fragiles, puis une 3ème vague concernant les salariés malades atteints par le virus ou dont les symptômes pouvaient laisser suspecter qu’ils étaient porteurs. Il y a aussi des personnes qui somatisent, qui ont des angoisses très fortes, et qui ont donc  été arrêtées. Et l’objectif pour nous est de mettre en évidence auprès des salariés que certes, il est important d’être confinés, c’est agir de façon citoyenne, mais il est tout aussi important lorsque l’on est dans un secteur si nécessaire à la vie du pays de continuer à aller sur son lieu de travail, dès lors que toutes les mesures ont été mises en œuvre sur le lieu de travail. La situation actuelle met en évidence que si l’industrie papetière s’arrête, il y aura de nombreuses conséquences d’un point de vue économique, que ce soit au niveau des chaînes logistiques, puisque les grandes surfaces sont approvisionnées par des flux logistiques utilisant des caisses en carton, mais également l’emballage alimentaire, qui est très largement fondé sur des matériaux de type papier cartons, les sacs de meuneries en papier qui approvisionnent les boulangeries. De manière analogue, il est également important de fabriquer tous les produits d’hygiène que ce soit du papier toilette, essuie-mains, mouchoirs… Cela contribue à l’hygiène des citoyens et une partie de ces produits contribue à la lutte contre la propagation du Covid-19. Et également les papiers graphiques et de spécialités. Je parle ici des papiers utilisés pour la fabrication des masques chirurgicaux, les papiers pour protéger les compresses, les notices des médicaments, etc. On a un ensemble de produits fabriqués par notre industrie dont l’arrêt de fabrication aurait à plus ou moins court terme des conséquences majeures sur la continuité de la vie économique et sociale du pays.

Et quelle a été la réponse du gouvernement à votre appel ?

On attend la publication d’un décret qui devrait bientôt paraître. Il énumèrera les différents secteurs rentrants dans cette catégorie de « secteur nécessaire à la poursuite de la vie économique et sociale du pays ». La séquence a été la suivante : nous avons publié notre communiqué de presse juste après la publication de la loi sur l’état d’urgence sanitaire. Elle a conduit le gouvernement à publier 43 ordonnances, dont l’une précisait qu’un décret listera les secteurs nécessaires à la poursuite de la vie économique. On a bon espoir d’avoir été entendu.

Quel est l’impact de la crise sanitaire actuelle sur la production de l’industrie papetière ?

La demande est très soutenue pour les produits liés à l’emballage (alimentaire, caisses en carton, sacs…). De même pour les papiers d’hygiène. Les papiers graphiques un peu moins. Mais les papiers bureautiques continuent de fonctionner, grâce notamment au télétravail et à tous les scolaires. De manière plus anecdotique mais également révélatrice de l’utilité de notre industrie, les dérogations de déplacements sont nécessairement sur du papier et non sur des supports de type smartphone ou autre. La demande est forte dans notre secteur. En revanche, on est affectés par la mise en retrait de nos salariés. Quelques petites usines se sont arrêtées, et d’autres tournent en mode de fonctionnement dégradé, c’est-à-dire qu’elles ne tournent pas en pleine capacité, du fait de l’absence de salariés.

Quels sont les points qui pourraient être critiques pour votre industrie ?

Le point critique principal, c’est la question des collaborateurs. La question des ressources humaines est l’élément déterminant pour le fonctionnement des entreprises. C’est notre sujet majeur. Nous avons constaté de nombreuses mises en retrait, mais nous sommes actuellement dans une situation stabilisée.

Il y a également un point de vigilance pour les entreprises qui utilisent du vieux papier comme matière première. Cela ne concerne qu’une partie de l’industrie mais c’est un sujet important. Nous sommes dans une situation où un certain nombre de centres de tri des déchets sont fermés ou en mode de fonctionnement dégradé. Federec, qui rassemble les opérateurs des déchets, annonçait hier (30 mars, ndlr) que 40 % des sites étaient fermés. Cela conduit à une réduction des volumes de vieux papier par rapport à un fonctionnement normal, ainsi qu’à des augmentations de prix très fortes, parfois causées par un comportement spéculatif d’acteurs. Certaines entreprises sont donc inquiètes sur la possibilité de pouvoir réceptionner des vieux papiers dans l’hypothèse où des centres seraient fermés de manière durable, ou dans l’hypothèse encore plus négative où d’autres centres seraient amenés à tirer le rideau. Il y a un troisième point problématique aussi au niveau de la logistique. Les transporteurs font également face à une pénurie de chauffeurs dans un certain nombre d’entreprises. Ils sont donc amenés à sélectionner certains flux plutôt que d’autres. Ils ont par ailleurs des difficultés de gestion de leurs frets retours : ils livrent les papeteries en différents consommables, mais ils n’ont parfois pas de fret retour de par la fermeture de nombreuses entreprises. Il y a donc une hausse assez forte des coûts des transports que l’on ressent également.

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