Covid-19 : Entretien exclusif avec Christophe Masson, directeur général de Cosmetic Valley

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Christophe Masson, directeur général de Cosmetic Valley. – (c)DR

La semaine dernière, Cosmetic Valley lançait un appel auprès des industriels de la cosmétique pour produire du gel hydroalcoolique en grande quantité. Cette industrie, deuxième exportatrice française après l’aéronautique, se mobilise fortement pour lutter contre l’épidémie.

Dans quel contexte avez-vous lancé l’appel à production de gel hydroalcoolique ?

Nous avons lancé cet appel suite à la publication du décret de l’Etat le vendredi 13 mars permettant la fabrication de gel hydroalcoolique par l’industrie cosmétique. Il faut savoir que la production de gel hydroalcoolique répond à des réglementations concernant les biocides qui ne sont pas celles de la cosmétique. Il y a eu une adaptation réglementaire permettant à nos usines de produire ce gel. Spontanément, de nombreuses PME et grandes sociétés ont mis en œuvre une production sans attendre notre appel. En milieu semaine dernière (18 mars, ndlr), nous avons été largement contacté par les hôpitaux qui ne savaient pas comment ni où se fournir en gel. Des entreprises avaient engagé la production pour approvisionner hôpitaux ou centres de soins au niveau local, mais il n’y avait aucune démarche concertée. On s’est donc aperçu d’un manque de lien entre les fournisseurs et les hôpitaux. C’est dans ce cadre qu’on a lancé une première opération qui était de dire d’une part aux industriels « si vous le pouvez, lancez la production car nous sommes en déficit de gel », donc on a fait un appel à la production. Nous avons par la suite lancé une plateforme de mise en relation entre les hôpitaux et les fournisseurs de gel. Ce qui a permis jusqu’à hier (24 mars, ndlr) de répondre à l’urgence pour fournir en gel les hôpitaux. Nous arrivons désormais dans une phase où il faut mieux centraliser et prioriser la distribution de gel puisque le besoin est général (société civile, hôpitaux, usines…). C’est ce qu’a fait l’Etat avec le lancement de la plateforme de mise en relation stopcovid19.fr, qui a pour objectif de mettre en relation les fournisseurs de gel et ceux qui en ont besoin. Nous avons convenu avec l’Etat de leur transmettre l’ensemble de nos contacts pour une meilleure efficacité et centralisation dans la distribution.

 Où se situent les points les plus critiques pour votre industrie – logistique, sécurité, approvisionnement… ?

Nous avons une nouvelle problématique qui se présente à nous : l’approvisionnement de nos usines en matières premières et en articles de conditionnement. Toute cette dynamique d’appel à la production amène à de grosses capacités de production, mais de potentielles limitations en capacité à s’approvisionner en alcool et en packaging se font ressentir. Cela risque de devenir le sujet le plus prégnant dans les semaines qui viennent. C’est dans ce contexte que Cosmetic Valley a mis à disposition son outil Impact+ : cette plateforme a été mise en place il y a quelques années par le pôle de compétitivité pour faciliter les échanges entre les entreprises sur des rebus ou des stocks non-utilisés pour limiter le gaspillage. Cette plateforme est aujourd’hui ouverte à toute l’industrie pour essayer de faciliter notre capacité à produire des gels.

Avec les mesures prises par le gouvernement, il y a des difficultés d’organisation, que ce soit au niveau de chaque entreprise, ou au niveau de la filière en général. Chaque entreprise a une organisation qui lui est propre, et qui peut être perturbée en ce moment : approvisionnement, des employés soit confinés, soit qui ont des problèmes de garde d’enfants… Et chaque entreprise étant un maillon de la filière, il y a très clairement des difficultés dans la supply chain, des ralentissements qui compliquent la tâche.

La cosmétique est une filière exportatrice, est-ce que vous avez souffert de la pandémie dès son origine en Chine ?

Notre industrie n’a été que peu impactée au moment de la contamination en Chine : nous n’avions pas de problème d’approvisionnement au niveau de la matière première puisque l’on travaille essentiellement en circuit court. Nos usines ont continué à fonctionner à 100 % car nous devions toujours fournir nos distributeurs au début de l’épidémie, qui a eu un impact économique modéré pour le premier trimestre. Par contre, l’arrivée de la crise en occident pose des sujets beaucoup plus dramatiques. Il y a une forte diminution de la demande des consommateurs, les distributeurs ont donc leurs stocks mais ne vendent plus. Nous n’avons plus besoin de fournir les distributeurs, et cela se ressent en cascade sur toute la filière. Il y aura un gros impact économique sur les 2ème et 3ème trimestres. Mais il y a tout de même un point positif : c’est la Chine qui repart. C’est un élément très encourageant et un signe d’espoir pour que l’on puisse, une fois la crise passée, relancer notre économie.

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